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Bannière de l’article : un copropriétaire consulte son téléphone devant un ordinateur portable, à côté d’un carnet de questions et d’une pile de classeurs de copropriété.

Administrateur de PPE qui ne répond pas : à partir de quand est-ce un problème ?

Un courriel sans réponse pendant quelques jours ne suffit pas à conclure qu’une PPE est mal administrée. Trois relances restées sans réponse, une décision d’assemblée toujours sans suite quatre mois plus tard et aucune information permettant de savoir où en est le dossier : la situation est différente.

Entre les deux, la difficulté consiste à distinguer un délai de traitement normal d’une absence réelle de suivi.

La bonne question n’est donc pas seulement : « depuis combien de jours l’administrateur ne répond-il pas ? » Elle est plutôt : « qu’attendions-nous exactement de lui, à quelle échéance, et pouvons-nous vérifier ce qui a été fait ? »

Cette distinction change complètement la manière de réagir.


Un administrateur n’a pas seulement une boîte mail à gérer

L’efficacité d’une administration de PPE ne se mesure pas au nombre de messages envoyés. Une réponse rapide qui dit « nous nous en occupons » n’apporte finalement pas beaucoup d’information si, trois mois plus tard, rien ne permet de connaître :

  • l’action entreprise

  • la personne mandatée

  • l’échéance

  • le montant engagé

  • ou la raison pour laquelle le dossier est bloqué

À l’inverse, certains dossiers nécessitent réellement du temps : demande d’offres, expertise technique, réponse d’une assurance, disponibilité d’une entreprise ou décision préalable de l’assemblée. Le problème n’est donc pas nécessairement qu’un dossier reste ouvert.

Le problème apparaît lorsqu’il devient impossible de savoir pourquoi il est encore ouvert et quelle est la prochaine étape. C’est aussi la raison pour laquelle il vaut la peine de savoir qui fait quoi entre l’administrateur, le comité et l’assemblée : une demande adressée au mauvais organe reste sans réponse sans que personne soit en faute.


Commencer par classer la demande

Toutes les demandes adressées à un administrateur n’ont pas la même importance. Imaginons quatre situations.

Quatre natures de demande adressées à un administrateur, un exemple pour chacune et ce qu’il faut surtout vérifier.
Situation Exemple Ce qu’il faut surtout vérifier
Question courante « Pouvez-vous m’envoyer le dernier décompte ? » Réception et traitement de la demande
Action administrative « Où en est la demande de trois offres ? » Action engagée, responsable, prochaine échéance
Décision d’assemblée « L’assemblée a voté ces travaux. Ont-ils été commandés ? » Exécution de la décision et éventuel obstacle
Urgence « Une fuite endommage actuellement une partie commune. » Mesure immédiate destinée à limiter le dommage

Mettre toutes ces situations dans la même catégorie « il ne répond pas » masque le véritable problème. Une demande de copie de document et une infiltration active ne nécessitent évidemment pas le même traitement.


Ce que la loi demande réellement à l’administrateur

La loi ne décrit pas l’administrateur comme un simple intermédiaire chargé de répondre aux courriels.

Elle lui attribue l’exécution des actes d’administration commune, conformément à la loi, au règlement et aux décisions de l’assemblée des copropriétaires. Elle prévoit également qu’il prend de son propre chef les mesures urgentes nécessaires pour empêcher ou réparer un dommage. Il lui appartient aussi de répartir les charges, d’encaisser les contributions et de gérer correctement les fonds qu’il détient.

L’assemblée conserve de son côté un rôle central : c’est elle qui nomme l’administrateur et surveille son activité. Elle peut également désigner un comité ou un délégué chargé, entre autres, de contrôler sa gestion et de lui présenter un rapport et des propositions.

Cela permet déjà de poser une distinction importante. Une réponse tardive n’est pas automatiquement une inexécution du mandat. Mais lorsqu’une décision d’assemblée relevant de l’administration commune n’est pas exécutée, qu’une urgence n’est pas traitée ou que des dossiers restent durablement sans suivi identifiable, le sujet dépasse la simple qualité de la communication.


Existe-t-il un délai légal de réponse de 24 ou 48 heures ?

Pas de manière générale. Les règles applicables à l’administration d’une PPE ne fixent pas de délai uniforme du type « tout courriel d’un copropriétaire doit recevoir une réponse dans les 48 heures ». Il faut donc éviter d’inventer une règle qui n’existe pas.

Pour apprécier le délai attendu, il faut notamment regarder :

  • la nature de la demande

  • son urgence

  • le règlement de la PPE

  • le contrat d’administration

  • les éventuels engagements de service de l’administrateur

  • et les circonstances du dossier

Un délai de cinq jours pour répondre à une question administrative et cinq jours sans action face à une arrivée d’eau ne sont pas deux situations comparables.

Un administrateur peut en revanche s’engager sur un délai. Gestiun publie les siens : ils figurent sur la page des engagements, et ils sont contrôlables.


Avant de relancer : transformer la demande en action vérifiable

Une relance du type « bonjour, avez-vous des nouvelles ? » produit souvent une réponse tout aussi imprécise : « nous sommes toujours dans l’attente ». On ne sait alors presque rien de plus.

Il est plus utile de reconstruire le dossier en quatre éléments.

  1. 01

    Ce qui a été demandé.

    Par exemple : obtenir trois devis pour la réfection de la toiture.

  2. 02

    La date de la demande ou de la décision.

    Par exemple : décision de l’assemblée du 18 mars.

  3. 03

    L’action attendue.

    Contacter les entreprises, obtenir les offres et les transmettre au comité.

  4. 04

    Le point qui reste inconnu.

    Les entreprises ont-elles été contactées ? À quelle date ? Des réponses ont-elles été reçues ? Quand une comparaison pourra-t-elle être présentée ?

La même relance, écrite autrement

« L’assemblée du 18 mars a décidé de demander trois offres pour la toiture. Pouvez-vous nous indiquer quelles entreprises ont été sollicitées, à quelles dates et quelle est la prochaine échéance prévue ? »

La différence paraît mineure. Elle ne l’est pas. On ne demande plus une impression d’avancement. On demande des faits.


Une méthode simple en quatre étapes

Lorsqu’une absence de réponse commence à poser problème, il est possible d’avancer méthodiquement.

Étape 1 — Reconstituer les faits

Avant d’envisager un conflit, rassemblez les éléments du dossier. Par exemple :

Fiche d’un dossier reconstitué : chaque élément connu du dossier et l’information correspondante, y compris celles qui restent inconnues.
Élément Information
Demande initiale 12 avril
Objet Réparation de la porte du garage
Première relance 3 mai
Deuxième relance 22 mai
Décision d’assemblée Oui, budget maximum 4’000 CHF
Réponse reçue « Nous regardons »
Entreprise contactée Inconnue
Date d’intervention Inconnue

Ce tableau change immédiatement la discussion. « L’administrateur ne fait rien » est une appréciation. « Nous ne savons pas si une entreprise a été mandatée, 40 jours après la demande et deux relances » est un fait vérifiable. C’est beaucoup plus utile.

Étape 2 — Demander le statut et la prochaine action

Une bonne relance devrait permettre d’obtenir au minimum trois informations.

Les trois informations à obtenir

Où en est le dossier ? Qu’est-ce qui bloque ? Quelle est la prochaine étape ?

Il peut parfaitement exister une raison légitime au retard :

  • une entreprise attend une pièce

  • l’assurance doit se prononcer

  • une décision complémentaire de l’assemblée est nécessaire

  • le devis dépasse le montant autorisé

  • le technicien n’est pas disponible avant trois semaines

Dans ces situations, le dossier n’est pas nécessairement mal suivi. Mais l’information devrait permettre au comité ou à la communauté de comprendre ce qui empêche d’avancer.

Étape 3 — Examiner une série de dossiers, jamais un courriel isolé

Un seul dossier en retard dit peu de choses sur la qualité générale d’une administration. Cinq dossiers présentant le même schéma commencent à raconter autre chose. On peut alors créer un tableau extrêmement simple.

Cinq dossiers d’une même PPE : leur origine, leur échéance, leur situation actuelle et si une prochaine étape est connue.
Sujet Décision / demande Échéance Situation Prochaine étape connue ?
Porte garage AG mars Avril En attente Non
Contrat ascenseur Comité avril Mai Offre reçue Oui
Sinistre cave Déclaration mai Urgent Assurance saisie Oui
Éclairage extérieur AG mars Juin Aucune information Non
Décompte chauffage Demande mai Juin Terminé Oui

Ce tableau permet de distinguer deux situations. Dans la première, plusieurs dossiers prennent du temps mais avancent. Dans la seconde, les dossiers disparaissent progressivement dans une zone où personne ne connaît leur état. Ce n’est pas la même chose.

Ce qu’on présente en assemblée

Sur cet exemple, la présentation tient en trois lignes : 5 dossiers suivis ; 2 sans prochaine étape connue, tous deux issus d’une décision d’assemblée ; 3 qui avancent, avec une échéance et une prochaine étape identifiées.

C’est très différent de « la gérance ne répond jamais ». La première présentation permet de décider. La seconde risque surtout de produire une discussion de perceptions.

Étape 4 — Vérifier que les décisions d’assemblée sont suivies

C’est la question essentielle. Une PPE peut passer plusieurs heures en assemblée pour :

  • choisir un fournisseur

  • voter un budget

  • décider une réparation

  • modifier un contrat

  • demander une étude

  • lancer un appel d’offres

La décision figure ensuite au procès-verbal. Et l’année suivante, quelqu’un demande : « qu’est-il finalement arrivé avec ce dossier ? » C’est précisément là que le suivi administratif devient visible.

La loi prévoit que l’administrateur exécute les actes d’administration commune conformément, notamment, aux décisions de l’assemblée. Une méthode particulièrement simple consiste donc à reprendre le dernier procès-verbal et à établir, pour chaque décision nécessitant une action : Décision — responsable — échéance — statut — prochaine étape.

Relevé des décisions du dernier procès-verbal : pour chacune, le responsable, l’échéance et le statut constaté.
Décision Responsable Échéance Statut
Demander trois offres toiture Administrateur 30 juin 2 offres reçues
Résilier contrat entretien Administrateur 31 mars Terminé
Faire contrôler chaudière Administrateur Avril Terminé
Étudier bornes électriques Comité + administrateur Septembre En cours

À partir de là, le débat n’est plus subjectif. On peut voir les décisions exécutées, celles en cours et celles dont personne ne connaît la situation. Le relevé est disponible en tableau à imprimer, avec l’état des dossiers ouverts.

Ce que ces exemples ne sont pas

Les quatre tableaux de cet article illustrent uniquement la méthode. Ils ne décrivent aucune copropriété réelle, aucun dossier réel et aucune administration existante.


Et si l’administrateur ne répond toujours pas ?

Une troisième ou quatrième relance identique n’est pas toujours la meilleure utilisation du temps. Si un dossier important reste sans réponse, il faut progressivement changer de niveau. Le chemin logique peut être : demande précise, relance documentée, comité ou délégation compétente, puis discussion formelle en assemblée.

L’objectif n’est pas de transformer chaque retard en conflit. Il s’agit de faire remonter un problème individuel de communication vers l’organe qui a réellement compétence pour surveiller l’administration. La loi attribue explicitement cette surveillance à l’assemblée.

Porter le sujet devant les copropriétaires suppose cependant que le point figure à l’ordre du jour, et cela obéit à un délai : comment inscrire un point à l’ordre du jour détaille le calcul, règlement en main.


À partir de quand envisager un changement d’administrateur ?

Changer d’administrateur parce qu’un courriel est resté sans réponse serait une conclusion disproportionnée. En revanche, plusieurs signaux peuvent justifier une réflexion plus structurée :

  • décisions d’assemblée régulièrement non suivies

  • dossiers importants sans statut identifiable

  • relances répétées nécessaires pour obtenir une action élémentaire

  • urgences mal prises en charge

  • échéances importantes manquées

  • impossibilité durable de comprendre qui fait quoi

  • absence de visibilité sur les dossiers confiés

  • dégradation répétée de la relation avec le comité ou la communauté

Le point important est la répétition et l’impact, pas l’irritation provoquée par un message isolé. Pour objectiver la question sans avoir à demander une offre concurrente, la liste de contrôle du mandat propose vingt-huit points à passer en revue.

Le droit suisse prévoit d’ailleurs que l’assemblée peut révoquer l’administrateur en tout temps, sous réserve d’éventuels dommages-intérêts. Dans certaines circonstances impliquant de justes motifs et un refus de l’assemblée de procéder à la révocation, la loi ouvre également une voie judiciaire à un copropriétaire. Ces situations doivent cependant être appréciées au cas par cas ; un simple retard de réponse ne permet évidemment pas, à lui seul, de conclure à l’existence d’un juste motif.

Avant toute décision, il faut également examiner le contrat d’administration, ses modalités de résiliation, sa durée et les conséquences éventuelles d’une fin de mandat. La marche à suivre complète est décrite sur la page changer d’administrateur.


Changer d’administrateur ne résout pas un dossier mal documenté

Il existe enfin un piège. Une PPE insatisfaite peut décider de changer d’administrateur sans avoir auparavant reconstitué la situation de ses dossiers. Le nouveau mandataire reçoit alors :

  • des travaux en cours

  • plusieurs contrats

  • des échanges incomplets

  • des sinistres ouverts

  • des décisions d’assemblée non clôturées

  • des factures en attente

  • des échéances contractuelles

Le problème de suivi est simplement transféré. Avant un changement, il est donc utile d’établir un état des dossiers ouverts. Pour chacun :

  1. 01

    Quelle décision a été prise ?

  2. 02

    Quels documents existent ?

  3. 03

    Quelle action a déjà été effectuée ?

  4. 04

    Quels montants ont été engagés ?

  5. 05

    Quelles échéances restent ouvertes ?

  6. 06

    Quelle est la prochaine action nécessaire ?

Cette liste constitue ensuite l’un des documents les plus utiles pour organiser la reprise. Le tableau à imprimer la reprend telle quelle, à côté du relevé des décisions d’assemblée.


Le meilleur indicateur n’est pas le temps de réponse

Un délai de réponse est facile à mesurer. Mais ce n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Une administration peut répondre à tous les courriels en deux heures et laisser des décisions ouvertes pendant six mois. Une autre peut répondre le lendemain tout en maintenant un suivi précis de chaque dossier.

Le véritable indicateur est plus exigeant : peut-on savoir, à tout moment raisonnable, ce qui a été décidé, ce qui a été fait, ce qui reste à faire et qui doit agir ?

C’est cela qui permet à une PPE de rester maîtresse de ses décisions.


À vérifier dans votre PPE

Prenez le dernier procès-verbal d’assemblée. Repérez toutes les décisions qui demandaient une action après la séance. Pour chacune, notez : Décision — responsable — échéance — statut — prochaine étape.

Si vous pouvez remplir les cinq colonnes, vous disposez déjà d’une bonne visibilité. Si plusieurs lignes s’arrêtent après « décision prise », le problème n’est peut-être pas seulement qu’un courriel soit resté sans réponse.

Le problème est que la PPE ne sait plus où en sont ses propres décisions. Et c’est ce point qu’il faut résoudre en premier.

Le tableau de suivi est prêt à imprimer : une page pour les décisions du dernier procès-verbal, une page pour l’état des dossiers ouverts.